Vendredi 10 novembre à 19 heures, Maison paulaner
Café Livre autour de l'écrivain autrichien STEFAN ZWEIG.
Il suffit de lire un ou plusieurs récits et l'on en parle!
SA VIE
a)Vienne
Né à Vienne en 1881, fils d'un riche industriel israélite, Stefan Zweig put mener ses études en toute liberté, n'écoutant que son goût qui l'inclinait à la fois vers la littérature, la philosophie et l'histoire. L'atmosphère cosmopolite de la Vienne impériale favorisa chez le jeune Zweig la curiosité du vaste monde, curiosité qui se transforma vite en boulimie, le poussant vers toutes les premières théâtrales.
Néanmoins, Stefan Zweig ne se sentit jamais à l'aise dans cette société répressive et victorienne où l'on ne cherchait qu'à brider la jeunesse, à réprimer les sentiment des individus.
Il soutint sa thèse sur Taine, voyagea et écrivit abodamment.. C'était un être attaché à son indépendance, assez égoïste et constamment tourmenté.
b)La littérature et les voyages
Il connut le succès littéraire et vécut dans une grande aisance matérielle. En 1904, il alla à Paris, où il séjourna à plusieurs reprises et se lia d'amitié avec Jules Romains. Infatigable voyageur, toujours en quête de nouvelles cultures, il rendit ensuite visite, en Belgique, à Emile Verhaeren , dont il deviendrait l'ami intime, le traducteur et le biographe. Il vécut à Rome, à Florence, où il rencontra Ellen Key, la célèbre authoress suédoise, en Provence, en Espagne, en Afrique. Zweig visita l'Angleterre, parcourut les Etats-Unis, le Canada, Cuba, le Mexique. Il passa un an aux Indes. Les multiples voyages de Zweig devaient forcément développer en lui l'amour que dès son adolescence il ressentait pour les lettres étrangères, et surtout pour les lettres françaises. Cet amour, qui se transforma par la suite en un véritable culte, il le manifesta par des traductions remarquables de Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, de son ami Verhaeren, dont il fit connaître en Europe centrale les vers puissants et les pièces de théâtre, de Suarès, de Romain Rolland, sur qui il fut l'un des premiers, sinon le premier, à attirer l'attention des pays de langue allemande et qui eut sur lui une influence morale considérable
c)sa position idéologique
Au début de la première guerre, Zweig rentre en Autriche avec l'intention d'être mobilisé. L'armée le jugea inapte pour le front. Mais, comme son ami Romain Rolland en France, il ne put se résigner à sacrifier aux nationalismes déchaînés la réalité supérieure de la culture par-dessus les frontières. Ardent pacifiste, il fut profondément marqué, ulcéré par cette guerre Il explique tout cela avec ferveur dans "Le Monde d'Hier". Zweig fut toute sa vie un personnage socialement assez bizarre, souvent tenté par le nihilisme.
d)Hitler arrive... Zweig part.
Hitler et ses nazis s'étaient emparés du pouvoir en Allemagne, et les violences contre les réfractaires s'y multipliaient. Bientôt l'Autriche, déjà à demi nazifiée, serait envahie. Dès 1933, à Munich et dans d'autres villes, les livres du "juif" Zweig étaient brûlés en autodafé. Zweig voyait avec désespoir revenir les mêmes forces brutales et destructrices que lors de la 1ère Guerre Mondiale, sous la forme, pire encore, du nazisme. En 1934, il partit en Angleterre, à Bath. Ce départ suscite d'ailleurs bien des polémiques chez les biographes de Stefan Zweig. Certains soutiennent l'hypothèse très plausible qu'il partit en exil devant l'imminence de la guerre et la montée de l'antisémitisme, tandis que d'autres affirment qu'il est simplement parti approfondir sa recherche sur Marie Stuart, dont il écrivait la biographie.
Mais depuis l'abandon de sa demeure salzbourgeoise son âme inquiète ne lui laissait plus de repos. Il parcourt de nouveau l'Amérique du Nord, se rend au Brésil, fait de courts séjours en France, en Autriche, où les nazis tourmentent sa mère qui se meurt... Et la guerre éclate. Déjà en 1940, lorsqu'il préparait une conférence sur sa Vienne tant aimée, il avoua à Alzir Hella : "Vous serez battus". Zweig voit répandues sur l'Europe les ténèbres épaisses qu'il appréhendait tant. Il quitte définitivement l'Angleterre et gagne les Etats-Unis, où il pense se fixer. L'inquiétude morale qui le ronge a sapé en lui toute stabilité. Le 15 août 1941, il s'embarque pour le Brésil et s'établit à Pétropolis où il espère encore trouver la paix de l'esprit. En vain.
e) Les succès littéraires
Il fut de son vivant l'un des auteurs les plus lus et les plus traduits de son temps. Comment expliquer cette popularité?
+la brièveté de ses récits
+la vulgarisation de ses biographies
+son désir d'être lu et compris de tous
"Son style n'avait rien de relâché, il était élégant, et ses métaphores l'élèvent au-dessus du cliché qu'affectionne d'ordinaire la littérature populaire."
CE QUI A ETE DIT SUR LES RECITS DE ZWEIG
Le monde d'hier. souvenirs d'un Européen. , Stefan Zweig
. , Stefan Zweig
Pour Zweig, la première guerre mondiale a fait chavirer un siècle dans un autre, a initié une période de crises, de bouleversements, d'insécurité. cette guerre entraîne également une crise d'identité avec la patrie de l'auteur, car elle remet en question la place du juif en Autriche et en Allemagne:
"Alors, le 28 juin 1914, retentit à Sarajevo ce coup de feu qui, en une seconde, fit voler en mille éclats, comme un vase de terre creux, ce monde de la sécurité et de la raison créatrice dans lequel nous avions été élevés, dans lequel nous avions grandi, et où nous nous sentions chez nous". p254
Pour lui, la montée d'Hitler, son populisme et et son racisme mettent en branle tout ce pour quoi il s'était battu :
"Tout autre lien, tout ce qui avait été, tout ce qui avait existé, était déchiré et brisé, et je savais que tout, après cette guerre, serait nécessairement, une fois encore, un recommencement. car ma tâche la plus intime, à laquelle j'avais consacré pendant quarante ans toute la force de ma conviction, la fédération paccifique de l'Europe, était anéantie."
Le joueur d'échecs
Les participants du Café Livre ont apprécié le talent de Zweig pour traiterde la capacité de l'esprit humain à trouver une échappatoire pour résister, pour survivre. Le narrateur dit à propos de Czentovic :
" Les monomaniaques de tout poil, les gens qui sont possédés par une seule idée m'ont toujours spécialement intrigué, car plus un esprit se limite, plus il touche par ailleurs à l'infini." p20
Les participants se sont également rendu compte qu'une lecture historique et biographique s'imposait; Certains ont considéré l'échiquier et le jeu d'échecs comme l'allégorie de la seconde guerre mondiale. Czentovic, "machine à gagner" incarnerait le nazisme qui l'emportait sur les autres pays. Rappelons que Zweig s'est suicidé de peur qu'Htler envahisse l'Europe entière, et que Le joueur d'échecs fut écrit peu avant sa mort.
La confusion des sentiments
+critique de l'université qui réprime les sens pour ne cultiver que l'intellect. Le narrateur compare l'université à "une morgue pour cadavres de l'esprit". p10. le corps y est négligé. Roland avoue d'ailleurs que sa santé se dégrade et qu'il a besoin de se dépenser physiquement (p68)
+critique de la société normalisante, patriarcale et homophobe. L'homosexualité est considérée comme une déviance. Elle est marginalisée. Le professeur assouvit sa sexualité dans les bas fonds de berlin, où les jeunes hommes prostitués et crapules de tous genres errent et le font chanter
+Le texte joue sur le constraste : contraste entre le professeur et sa femme, entre les étudiants et les jeunes prostitués, comme pour révéler une vie parallèle, deux sociétés, "un malaise dans la Civilisation":
Alors il partait toujours pour une grande ville où il trouvait, en quelque endroit écarté, des complices, des individus de basse condition, dont le contact était une souillure, une jeunesse tombée dans la protitution, au lieu de celle qui s'en remettait respectueusement à lui p120
+aspect freudien
Le professeur chéri diffère des autres en ce sens que ses moments de transe galvanisent les étudiants. Il vit de fait ce qu'il raconte:
une puissante inspiration arrachait magnifiquement la parole à la méthode scientifique pour transformer la pensée en poème. p65
On apprendra plus tard que c'est une façon pour lui de sublimer sa sexualité.
Quand Roland devient le secrétaire particulier et scribe de son professeur, il éprouve un ecratin plaisir à l'imiter, à relire les phrases du professeur, comme si, en établissant ainsi une polyphonie, il parvenait à s'unir à lui
Et ensuite je m'en rendais compte : en relisant, je scandais et imitais son intonation avec tant de fidélité et tant de ressemblance qu'on eût dit que c'était lui qui parlait en moi, et non pas moi-même. Tellement j'étais déjà devenu la résonance de son être. l'écho de sa parole 66
Cette union verbale est le substitut de l'union charnelle:
Et j'accueillais en moi cette voix qui montait, chaude, enflammée et pénétrante, je frémissais douloureusement, comme une femme reçoit un homme dans son être p125
Vingt-quatre heures de la vie d'une femme
a)lutte acharnée entre la morale et la pulsion
Discussion entre les hôtes et le narrateur
Les hôtes représentent la certitude la morale, les valeurs sures et la tradition, la répression des pulsions ; tandis que le narrateur se fait la voix de la pulsion, du sentiment, de l'immoralité:
Pour ma part, je trouvais plus honnête qu'une femme suivît librement et passionnément son instinct, au lieu, comme c'est généralement le cas, de tromper son mari en fermant les yeux quand elle est dans ses bras.p24"
La vieille femme = incarnation de la lutte entre l'expression de la pulsion et la répression de sa pulsion:
"Cette femme a vu en l'autre la projection de ce qu'elle était : la lutte entre la passion pour le jeu et sa piété. Il incarne l'opposé " p81
"La seule chose qui dans son récit m'émouvait et me terrifiait au plus haut point, c'était cet asservissement d'un homme jeune, serein et insouciant par nature, à une passion insensée". p93
b)freudisme:
+la confession de la vieille femme au jeune homme de ce qu'elle a vécu rappelle l'analyse dont parle Freud. Elle désire être guérie de l'histoire qui la tourmente:
Mais on ne peut pas se débarraser de ce que nous appelons, d'une expression très incertaine, la conscience ; et lorsque je vous ai entendu examiner si objectivement le cas henriette, j'ai pensé que peut-être cette façon absurde de me tourner vers le passé et cette incessante accusation de moi-même par moi-même prendariant fin si je pouvais me décider à parler librement devant quelqu'un, de ce jour unique dans ma vie. p36-37
La parole est salvatrice car elle permet de révéler et reconnaître son désir le plus profond p104-105. Elle pardonne à cet homme et se pardonne cette incartade, car elle la reconnaît comme faisant partie de son histoire:
et alors j'ai pensé que peut-être, en libérant mon âme par l'aveu, le lours fardeau et l'éternelle obsession du passé disparaîtraient et que, demain, il me serait peut-être possible de revenir là-bas et de pénétrer dans la salleoù j'ai rencontré ma destinée, sans avoir de haine ni pour lui, ni pour moi. p126
Les points communs entre les récits
+combat entre la morale et la pulsion
+l'intellectualisation (répression des pulsions) permet à certains héros de ne pas chavirer
+critique d'une société normative
+des personnages qui, à un moment de leur vie, basculent dans la pulsion, l'adoration, la folie
=brèche ouverte qui permet à l'auteur d'écrire
écart entre ce que l'on attend d'eux, et ce qu'ils font
l'être et la société =
L'espace scriptural prend sa source dans cet écart.