Mercredi 20 septembre 2006
Dans quel(s) lieu(x), imaginaire(s) ou pas, aimez-vous que les livres vous
emportent?
Les participants du Café livre ont dévoilé les lieux géographiques dans lesquels ils aimaient être emportés. Pour quelques lecteurs, il s?agit de la forêt tropicale, particulièrement dans L?île du docteur Monr?, ou dans Le vieux qui lisait des romans d?amour. Pour d?autres, c?est la Russie avec ses steppes et ses histoires de Tsars. Pour les lecteurs de bande dessinée, c?est le Tibet de Tintin ou l?Afrique mystérieuse de Corto Maltes qui font rêver. D?autres ont des goûts moins épiques, plus modestes et intimistes. Ainsi, avec les romans de Patricia Wentworth, un lecteur aime être transporté dans une atmosphère feutrée, cossue, où siègent les vestiges de la morale victorienne et l?admirable présence d?une ancienne préceptrice reconvertie dans la résolution d?énigmes criminelles.
A chaque lieu privilégié correspond un certain type de lecteur. Lieu qui n?en est pourtant pas un, la mer a été évoquée à travers les lectures de Mobby Dick de Melville ou La Superbe Orénoque de Jules Verne. Le Berry a été cité par un lecteur comme lieu de l?enfance que ce dernier a plaisir à revisiter à travers les romans de Georges Sand. Pour une autre, c?est l?ambiance de la pension de famille, décrite dans Le Père Goriot. Certains aiment se retrouver dans un lieu décrit avec précision, mais qui n?existe pas. Ainsi, une lectrice avoue prendre plaisir à se retrouver à Combray, lieu inventé par Marcel Proust, car elle imagine un paysage peuplé d?aubépines, de fleurs et de rires d?enfants.
Quel type de texte invite au voyage? Pour certains, il s?agit de lire de la littérature de témoignage (Les chemins de Saint-Jacques de Compostelle) pour se laisser transporter. Pour d?autres, c?est l?écriture suggestive qui laisse une place importante à l?imagination, rendant le voyage on ne peut plus agréable. Ainsi, plusieurs poèmes ont été cités: « Le lac » de Lamartine ou « l?invitation au voyage » de Baudelaire. Ici, ce n?est pas l?histoire, mais bien l?écriture qui transporte le lecteur. Or d?autres ont besoin de réalisme dans l?écriture. Les descriptions des halles dans Le ventre de Paris, l?atmosphère des grands magasins dans Au Bonheur des dames ou les parfums enivrants dans Nana satisfont de fait une certaine catégorie de lecteurs.
Certains avouent préférer la fiction à la réalité, car disent-ils, « on est jamais déçu! » En effet, le contraste qui parfois existe entre les guides touristiques et la réalité déçoivent le lecteur-voyageur. Certains se méfient des guides de voyage qui entretiennent un certain nombre de stéréotypes, créant une certaine déception lors de la visite du pays, de la ville ou du monument. D?autres se servent d??uvres de fiction afin de préparer leur voyage. Motel Blues ou La pastorale américaine ont préparé deux lecteurs à la découverte des Etats-Unis.
Ce débat a posé la question de la place de l?imaginaire et du voyage dans nos choix de lecture. La fonction essentielle de la littérature serait-elle seulement de dépayser? L?invitation au voyage de Weber grossit le trait en proposant au lecteur de fermer les yeux, de sortir de lui-même et de se laisser guider : c?est un voyage fabriqué. Tout y est dit. Dans Les choses ou La vie mode d?emploi de Pérec, tout est également dit avec des descriptions précises d?intérieurs, ne laissent aucune place à l?imagination. L?objet décrit s?impose à l?imaginaire. D?autres auteurs sont suggestifs, laissant l?écriture créer des émotions chez le lecteur. Rousseau et chateaubriand se démarquent de Proust, car on a envie de découvrir. Chez Quenaud ou Vian, le quotidien peut également surprendre.
En conclusion,certains se méfient des guides de voyage, préférant les ?uvres de fiction ou la poésie comme invitation au voyage. Pour d?autres, la lecture de guides touristiques et de témoignages ne les effraie nullement. Quoi qu?il en soit, quoi qu?ils lisent, la part de l?imaginaire est présente chez chaque lecteur, qui transforme, volontairement ou non, selon ses propres désirs, le lieu dans lequel il aimerait que le livre l'emportât.